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De Xindu à Shiqu

13-04-2018 15:45

AG

Terres sauvages,

De Xindu à Shiqu

Les moines se vêtissent d'une cape, s'assoient en tailleur sur un coussin, ouvrent leur livret de prières et commencent à réciter. Les plus jeunes...

Nous avions lu que dans l'ouest du Sichuan, se procurer de l'argent était difficile. À Xindu nous refaisons nos comptes et nous réalisons que nous avons juste assez de liquide pour tenir jusqu'à Golmud, mais que nous n'avons qu'une maigre marge pour assumer un éventuel imprévu ou des extras. Comme imaginé, les ATM de la ville refusent nos cartes bancaires. Lorsque nous demandons aux employés de banque si nous pouvons changer des dollars, ils nous regardent d'un air affolé, en étudiant le billet comme s'ils en voyaient un pour la première fois. On nous informe que le seul lieu où se procurer de l'argent dans la région est une ville à plusieurs centaines de kilomètres, dans la direction opposée à la nôtre. Alors que la tension monte en nous, l'employée d'une énième banque nous écrit sur un papier le nom d'un établissement à quelques centaines de mètres. Le soulagement est palpable lorsque les billets sortent de l'automate... C'est le cœur léger que nous allons ensuite plonger dans l'ambiance du temple Shouling qui domine la ville. Nous ne connaissons que peu les pratiques bouddhistes. Nous ne savons trop quels sont les bâtiments qui se visitent ni où nous sommes autorisés à entrer. Car si le bâtiment du grand hall principal est facilement identifiable, il nous est difficile de savoir si les autres édifices abritent moulins à prière, statue, petit temple, lieux de vie des moines, cuisine du temple... Parfois on se risque à pousser une porte, mais généralement on nous les ouvre. Nous arrivons vers le temple principal alors que les moines s'installent pour la cérémonie. Nous voyant hésiter, un aîné nous invite à entrer. Se voulant discrets, nous nous asseyons près de l'entrée. Les moines se vêtissent d'une cape, s'assoient en tailleur sur un coussin, ouvrent leur livret de prières et commencent à réciter. Les plus jeunes, qui doivent avoir à peine sept ans, nous regardent et nous font des signes de main. Les voix commencent à inonder la pièce. Un moine âgé, gardien de la porte, nous dit alors de faire le tour de la salle. Un peu gênés, nous en arpentons le fond et revenons à notre place. Le moine insiste et nous fait comprendre de son geste que nous devons réellement en faire le tour ! Mal à l'aise, nous nous exécutons, passant ainsi entre l'assemblée et les maîtres de cérémonie en pleine méditation... Notre tour achevé, nous saluons le moine directif et sortons du temple pour poursuivre la visite des autres lieux au son des mantras diffusés par les hauts-parleurs.

 

Nous restons finalement deux nuits à Xindu. Lorsque nous repartons, nous quittons un semblant de routine, une ébauche de réseau. Deux jours à peine et me voilà déjà pleine d'émotions au moment de dire adieu aux tenancières de la pension, au restaurateur du coin de la rue, au groupe de chauffeurs de taxi qui ne nous auront emmenés nulle part malgré leur gentille insistance... 

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Une journée à 93 km avec un col à presque 4000 mètres d'altitude.

Alors que nous pensions camper le soir suivant, nous nous retrouvons à Ganzi sans avoir trouvé de lieu adéquat. Une journée à 93 kilomètres avec un col à presque 4000 mètres d'altitude. Fatigués, nous nous rabattons sur une guesthouse à six francs la chambre. Si les hôtels nous offrent un toit et un lit, ils nous contraignent également à un environnement généralement plus bruyant que la nature. À Xindu, nous entendions de notre chambre l'enregistrement audio d'un mantra tournant en boucle 24/24. Qui dit hôtel ne dit pas forcément salle de bains commune et encore moins douche. Quant aux toilettes, il s'agit généralement d'une version simplifiée des toilettes turques. Comment se laver les dents alors qu'il n'y a pas de lavabo dans l'établissement ? Comment faire sa toilette sans point d'eau ni lieu où la faire ? Observer les locaux nous donne quelques indices mais certaines questions demeurent sans réponse. Certains se lavent dents et visage à l'extérieur de l'établissement, à l'aide d'une bassine posée à même le sol. Pour notre part, nous inventons des systèmes D : conversion de la poubelle en crachoir, utilisation pour la toilette de l'eau chaude du Thermos qui rarement fait défaut... Mais en cette nuit à Ganzi, la couverture chauffante du lit suffit à me satisfaire alors que mon système digestif accuse un raté depuis la mi-journée. Notre souper dans l'échoppe jouxtant la guesthouse nous est offert par l'unique autre client du lieu. Celui-ci, discret durant tout le repas, nous demande, alors que nous nous apprêtons à payer et partir, s'il peut prendre une photo de lui avec nous. Bien sûr, nous acceptons. Il nous fait ensuite comprendre que l'addition est pour lui. 

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Nous effectuons un arrêt à la ville de Manigange dans un but bien précis : aller visiter l'imprimerie tibétaine de Dege. Nous prenons une chambre dans le grand hôtel de la ville, qui n'a de grand que sa taille et sa façade. L'hôtel a dû avoir son heure de gloire, un temps aujourd'hui révolu. La nouvelle route de contournement de la ville serait-elle l'une des explications ? Auparavant ville relais entre l'est du Sichuan et la province du Tibet, Manigange semble avoir perdu de son attrait depuis que le réseau routier a été modifié. Il y a peu, Dege, dernière grande ville avant la province autonome du Tibet, se méritait après 3-4 heures de piste et un col à plus de 5'000 m. Depuis la création d'une nouvelle route et d'un tunnel, le temps s'est réduit à une heure environ, rendant ainsi la halte à Manigange plus qu'optionnelle. Alors que la plupart des informations pratiques de notre Lonely Planet se retrouvent par conséquent obsolètes, l'une d'entre elles demeure actuelle : la présence d'un cybercafé. À la recherche d'un ordinateur pour mettre en ligne nos photos, nous suivons les indications. Dans une petite ruelle nous repérons un panneau avec deux caractères chinois qui correspondent à ceux de notre guide. De ce fait nous poussons le lourd rideau qui fait office de porte et entrons dans une anti-chambre obscure. De l'intérieur émane un son rassurant, celui de jeunes hommes s'animant devant des écrans d'ordinateurs. Nous sommes au bon endroit. En effet, nous débouchons sur une salle où une dizaine d'individus jouent en réseau. Pendant qu'Olivier s'affaire à mettre à jour notre site, je discute avec ceux qui ont lâché leur poste. Ils sont curieux de savoir ce que nous pensons du Tibet. Pour eux, comme pour la plupart des locaux, il n'y a pas de différence entre ici et la province autonome du Tibet. Ici, nous sommes au Tibet, quelle qu'en eussent été les décisions du gouvernement. Ils me remercient pour mes commentaires positifs sur la région. Et comme beaucoup, ils me demandent si nous allons à Lhassa. Ils se disent alors désolés d'apprendre que la province nous est interdite. "Nous sommes trop stricts" me dit l'un d'entre eux. Ils se questionnent également si nous avons le mal de l'altitude, croyant savoir qu'en Suisse nous avons aussi des hauts plateaux.

 

En tant que voyageurs à vélo, nous sommes étrangers aux autres modes de transport. Devoir s'y résoudre ne nous est pas facile et génère souvent des tensions. Néanmoins nous parvenons à décrypter quelque peu le fonctionnement des minibus de Manigange et parvenons à destination : Dege. Une occasion de vivre de l'intérieur ce que nous constatons depuis le début de notre voyage en Chine, à savoir une manière de conduire que nous qualifions volontiers de catastrophique. La prudence et la visibilité n'ont pas sens ici lorsqu'il s'agit de dépasser. Le klaxon est maître et prévient de toutes situations, créateur d'une aura protectrice que les conducteurs semblent percevoir. Les seuls ralentisseurs fonctionnels sont les yaks, dont la nonchalance force l'attention. Le trajet est également l'occasion d'être témoins de la gestion affolante des déchets. Autant le conducteur que les passagers jettent en cours de route leurs déchets dans la nature : bouteilles pet, emballages plastiques... Hop, par la fenêtre et ils disparaissent ! 

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À Dege nous visitons la célèbre imprimerie qui produit traditionnellement et manuellement plusieurs milliers de textes tibétains par jour. Une échelle en bois raide nous propulse des bibliothèques sombres et silencieuses - où sont stockées les planches en bois gravées - à la salle de production animée et illuminée par les rayons du soleil. Là, la cadence, la coordination et le savoir faire des ouvriers nous figent. Un tableau à la Vermeer dont les lumières et l'ambiance nous extraient d'un présent de plus en plus technologique. 

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Depuis Xindu, nous évoluons sur un drapé de montagnes, vallées et plateaux oscillant entre 3200 et 4500 mètres d'altitude. Chaque jour nous franchissons un nouveau col à plus de 4000 mètres, parfois via une piste poussiéreuse, généralement grâce à une route asphaltée. Jusqu'à présent l'altitude se ressent surtout au niveau du souffle. Après chaque "Tashi delek" (salutation en tibétain), et ils sont nombreux tant les locaux ont plaisir à nous saluer, il me faut reprendre mon souffle. Les parents aiment à ce que leurs enfants nous disent "hello". Un soir, alors que nous mangeons dans un petit restaurant tibétain, la tenancière souhaite faire une photo de nous avec son petit dernier de six ans environ. Celui-ci, en train de zapper sur Netflix avec ses camarades tout en parlant via FaceTime à un ami, n'a guère envie de venir vers nous. C'est donc avec force que la maman l'empoigne, le soulève et le coince entre nous deux. Le garçon se met à pleurnicher et la maman le gronde car il boude sur la photo. Désolée pour cet enfant, j'essaie tant bien que mal de le rassurer. Alors qu'enfin il est libéré, il retourne vers les autres enfants et nous regarde, avec un petit sourire au coin des lèvres.

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Les lieux de bivouacs sont de plus en plus élevés, les nuits de plus en plus fraîches et les contrôles de police presque quotidiens. Il est maintenant coutumier de trouver la tente givrée au réveil et l'eau des gourdes transformée en glace. Vers Shiqu, peu avant le col à 4700 mètres qui nous ouvrira les portes du Qinghai, nous faisons face à une tempête de sable puis de neige. En quelques heures l'environnement a viré du brun au blanc. On nous dit qu'ici l'hiver dure cinq mois et que la neige peut s'inviter à tout moment. Ces conditions nous obligent à repenser notre itinéraire dans le Qinghai...

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