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De Ken-Zhyla à Naryn – portraits de nos rencontres

05-06-2018 15:17

AG

Terres sauvages,

De Ken-Zhyla à Naryn – portraits de nos rencontres

Notre entrée au Kirghistan semble déjà bien lointaine et les kilomètres parcourus si nombreux. Les anecdotes d'hier sont remplacées par...

Notre entrée au Kirghistan semble déjà bien lointaine et les kilomètres parcourus si nombreux. Les anecdotes d'hier sont remplacées par celles d’aujourd’hui ; les priorités d'alors ont cédé la place à de nouvelles. Le temps poursuit sa route et nous y cherchons notre chemin. Aventures, rencontres, réflexions s’entremêlent dans ce voyage au cœur d'un pays somptueux. Les rencontres parlent de nos aventures, les aventures nous poussent à la réflexion, les rencontres sont des aventures, les réflexions amènent de nouvelles aventures…

 

En quelques portraits nous rejoignons la ville de Naryn, lieu de réflexion et de décision.

 

Bien souvent, trois générations vivent sous le même toit. Nous sommes invités chez Zhoomart et sa femme, tous deux instituteurs, qui vivent avec leur fils, leur belle-fille et leur petit fils. Après un repas et le tour de leur propriété, ils nous demandent si nous buvons de la vodka. A notre réponse positive, la femme s'en va chercher une bouteille. Nous trinquons, Olivier et moi, sous le regard attentif de nos hôtes qui eux ne boivent pas d’alcool. Musulmans de confession, en période de ramadan de surcroît, ils offrent avec bienveillance à leurs invités ce que leur croyance interdit. Le lendemain matin, à déjeuner, la femme nous propose à nouveau un verre. Déclinant la proposition, elle emballe la bouteille et la glisse dans nos bagages aux cotés des pains et chocolats qu’ils nous ont offerts.

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Alors que les collines verdoyantes donnent raison à la pluie qui les sublime, Olivier voit les caprices célestes d'un tout autre œil. Nous venons de franchir un col sur une piste chaotique et assumons la descente avec difficulté. Une fois n’est pas coutume, Olivier tremble comme une feuille morte et me presse de trouver refuge. Je toque à la porte de la première maison que nous voyons. Un homme ouvre, je lui mime tant bien que mal que nous avons froid et que nous souhaiterions pouvoir entrer pour nous réchauffer. Tout en gestes et sans mots, il nous donne son accord. Il allume sa cuisinière électrique portable qui fait office ici de chauffage. Olivier découvre alors que son bas de pluie a laissé filtrer l’eau ; son pantalon est totalement trempe. Avec peine il sèche à la chaleur fragile que le corps de chauffe délivre. Le son de la télévision à lui seul emplit la pièce alors que l’image zébrée et ondoyante reste confinée au petit écran qui capte l’attention de notre hôte. Alors que nous restons figés au-dessus des plaques en esclaves de la chaleur, lui s'absente de temps en temps pour aller s’occuper de son troupeau de moutons. L’amélioration de la météo suffit à compenser l'humidité résiduelle de nos vêtements et nous reprenons la route sous l'œil intrigué de notre homme.

 

Bien souvent, trois générations vivent sous le même toit. Nous sommes invités chez Zhoomart et sa femme, tous deux instituteurs, qui vivent avec leur fils, leur belle-fille et leur petit fils. Après un repas et le tour de leur propriété, ils nous demandent si nous buvons de la vodka. A notre réponse positive, la femme s'en va chercher une bouteille. Nous trinquons, Olivier et moi, sous le regard attentif de nos hôtes qui eux ne boivent pas d’alcool. Musulmans de confession, en période de ramadan de surcroît, ils offrent avec bienveillance à leurs invités ce que leur croyance interdit. Le lendemain matin, à déjeuner, la femme nous propose à nouveau un verre. Déclinant la proposition, elle emballe la bouteille et la glisse dans nos bagages aux cotés des pains et chocolats qu’ils nous ont offerts.

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Plus tard, un petit groupe s'approche timidement de nous alors que nous faisons une pause à l'écart de la route. Une jeune femme frêle aux joues rosies par le soleil manie une poussette boiteuse où se trouve un bébé de quelques mois. Deux garçons trottinent derrière elle. Gülzat, qui a été professeure d'anglais pour les petites classes avant de devenir mère, se présente et nous propose de venir chez elle, non sans nous avertir qu'elle n'est pas très riche. Emil, son mari, travaille à Jalal-Abad, à quelques quarante kilomètres de leur foyer. Sept jours sur sept, pour ainsi dire 365 sur 365. Un jour de congé signifie du pain en moins, une soupe sans carottes ou une journée sans glace pour les enfants. Ce soir, comme bien des soirs, il ne rentrera pas, préférant économiser le prix du bus. Le début des travaux de construction de leur maison a été financé par les économies réalisées lors de leur travail en Russie, alors jeunes mariés. Elle demeure inachevée. La solution : laisser les enfants aux grands-parents et retourner travailler dans cet empire aux salaires attrayants. Pour l’instant, la famille vit entre une chambre à coucher et une pièce multi usages. La langue commune nous permet d’échanger, de connaître une tranche de vie, de partager la nôtre. N’étant jamais sortie du Kirghizstan, Gülzat est curieuse de nos pratiques et coutumes occidentales. Elle est surprise d'apprendre que nous sommes choqués de voir des parents « frapper » leurs enfants pour les corriger et se questionne : « Mais comment faites-vous alors ? » Sur sa plaque électrique, Gülzat cuit une soupe et s'excuse de ne pas pouvoir y ajouter de viande. Après le repas, elle retire la table et installe notre couche à la place. Les restes de soupe gardés pour le déjeuner du lendemain parfument encore la pièce.

2300 mètres de dénivelé nous attendent de Jalal-Abad au col de Kaldama encore enneigé.

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2300 mètres de dénivelés nous attendent de Jalal-Abad au col de Kaldama encore enneigé. La santé d'Olivier n’étant pas optimale et les vélos relativement chargés, nous optons pour une ascension en étapes. Alors que nous attaquons une sieste à l'ombre d'un arbre près d'une source d'eau fraîche, une voiture s’arrête, une famille en balade dominicale s'en déploie. Une bouteille de vodka à la main, un carton dans l’autre, il semblerait qu’ils s'installent pour un pic-nic. Mais pas du tout ! Du carton sortent non pas gâteaux ou friandises, mais de tout petits canetons, qui s'en vont joyeusement patauger dans la rivière. Si les adultes certes en profitent pour boire un verre, ces petites boules à plumes semblent être la raison de la halte. Et lorsque le moment est venus de repartir, ils se dandinent docilement vers la boîte en carton qui sur eux se referme.

 

Au pied des lacets s’élevant au col nos croisons un couple de Luxembourgeois venant en sens inverse en tandem. Nous campons ensemble, au bord d'une rivière et entre deux yourtes dissimulées par la végétation. Si nous ne les apercevons pas, eux nous ont vus et les enfants des deux familles viennent chacun à leur tour nous offrir ou kümüz ou kurut.

Les yourtes solitaires qui nichent dans les recoins des montagnes et le long de notre piste sont nombreuses. Chacune d’entre elles constitue une petite communauté autonome. A Aral, un garçon nous fait un signe que nous interprétons optimistement comme une invitation. Un pâturage, une étable et une roulotte. Cette petite propriété est le lieu des fréquents rassemblements de cette large famille de quatre générations. Une femme fait bouillir dans un grand wok extérieur du lait, qui deviendra de la « yellow oïl », une sorte de beurre. Dans l'entrée de la caravane, un mouton dont seule la peau demeure est suspendu au plafond. Enfin je découvre comment est réalisé le kümüz. Le lait de jument est versé dans cette grande outre où il fermente durant quelques jours. A l’intérieur du récipient dépasse un bichkek, instrument en bois qui permet de remuer le breuvage. La doyenne du clan s'active fermement autour de nous et confectionne ici de l'ayran, là du kéfir ou encore de la crème. Nous l'observons tout en buvant du thé au lait. La maîtresse de cérémonie possède en main trois récipients. D'une théière tiède elle verse dans les bols un thé très fort et foncé. Elle ajoute ensuite de l'eau chaude conservée dans un thermos et peut ainsi doser l’intensité du thé. Enfin, elle verse le lait ; nous y ajoutons la touche finale sucrée qui adoucit le temps acerbe qui nous attend dehors.

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Une météo qui se poursuit alors que nous entrons dans une vallée étroite. La journée est avancée mais les lieux de bivouacs se font désirer le long de cette piste emprisonnée entre rivière et montagne escarpée. Un grand étalon noir apparaît devant nous sur la piste. Nous nous sommes quelque peu habitués à être entourés de troupeaux de chevaux et poulains semi sauvages ; tableaux qui demeurent malgré tout oniriques. Mais ce cheval solitaire est différent. A notre approche il fuit mais semble nous attendre plus loin. Il continue de trotter tout en se retournant pour s'assurer de notre lente progression sur cette piste de terre et de sable humide. Puis s’arrête. A sa hauteur, de l'autre côté de la rivière, une tente. Alerté par les aboiements des chiens qui nous ont repérés, un couple sort de cette maison de toile et brave le court d'eau. Nous leur demandons alors si nous pouvons monter notre propre tente à côté de la leur, car le terrain y est plat. La réponse semble être positive et leur insistance à ce que nous venions boire le thé dans la leur dissipe les doutes que la langue inflige. Après avoir franchi non sans mal la rivière, nous nous installons au sec, au milieu de trois enfants qui jouent et couratent dans ce une pièce de cinq mètres carrés. Ce sont les petits-enfants de ce couple d'éleveurs nomades. Une douzaine de veaux sont attachés dehors à une corde. Les mères broutent librement et reviennent d’elles-mêmes à l'heure de la traite. De mouvements rapides et réguliers la grand-maman remplit quelques bidons de lait. Elle me propose d'essayer. Une première qui me fait prendre conscience de l'expertise de mon hôte, laquelle me remercie poliment tout en reprenant les choses en mains. Du lait, les Kirghizes maîtrisent l'art de la transformation et le couple nous  fait goûter l’un après l'autre les produits issus de leur récolte et qui constituent la nourriture principale de leur période de nomadisme. Yogurt, ayran, kümüz, beurre, crème, kurut… Ces dernières sont de petites boules dures de yogurt concentré et séché qu'adultes et enfants dégustent comme des friandises. L'homme, ancien soldat de l'armée soviétique du temps de la guerre froide, s’intéresse à notre carte d'Asie centrale, laquelle nous sert de point de départ à de nombreux échanges. Un jeune garçon nous rejoint dans la soirée, les mains chargées de poissons, récompense de sa patience et persévérance, vainqueur de ce temps hostile. Le lendemain, après le déjeuner, après avoir chargé un litre et demi de kümüz et tout autant de yogurt dans nos sacoches, la famille nous regarde nous éloigner en poussant nos montures. Nous avons été, nous ont-ils dit, leurs premiers invités étrangers.

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L'objectif qui insidieusement se profile depuis quelques jours est de rejoindre la ville de Naryn par l’itinéraire le plus court pour se reposer et réfléchir ouvertement à la suite de notre voyage. Nous avons devant nous un mois avant notre rendez-vous familial à Bishkek et le quotidien menace de se déguiser en temps d'attente.

 

Un camion s’arrête à notre hauteur alors qu’une fois encore nous poussons nos vélos. « Où allez-vous ? » « Naryn » « Vous voulez monter ? » « Et bien…souhaitez-vous de l'argent en contrepartie ? » Cette question car ici il est de coutume de faire du stop à la place de prendre un taxi et de payer le chauffeur. « Non ! Je passe par cette ville de toute manière, et je suis à vide, alors venez ! ». Nous parcourons ainsi quelques deux cents kilomètres aux côtés de Mirbek, convoyeur d’explosifs. Il achemine de la dynamite de Bishkek à Kazarman pour des travaux de construction et pour la mine d'or qui s'y trouve. Il maîtrise la conduite sur cette piste sinueuse faite de tôle ondulée, percée de trous et de flaques, mais je ne peux m’empêcher de serrer les dents lorsqu’il y roule à plus de cent kilomètres heures. Après plus de quatre heures nous entrons dans Naryn. Il nous y dépose et nous trouvons un hôtel aux allures soviétiques dont l’intendante, une babouchka tout en couleurs et en expressions se prend d'affection pour moi et se met à danser dans sa loge pour me montrer que l’âge n'a pas d'emprise sur elle. C'est la première fois que l'on me dit « Alina, bonne nuit ! » dans un tel établissement. Ce à quoi je réponds de mon russe hésitant «Merci. Bonne nuit ! » Et la femme sans âge s'en retourne avec un sourire éclatant.

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