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De Klintehamn à Gubben, ou lorsque l'aventure reprend / 19.04.23

21-04-2023 16:13

Aline Guignard

Cap Kayak,

De Klintehamn à Gubben, ou lorsque l'aventure reprend / 19.04.23

Mais où allait donc cette sacoche ? Comment faisais-je pour rentrer tout ça ici ? Nos gestes semblent un peu maladroits, hésitants, à l'instar d'une machine...

Gotland, Klintehamn et le monde qui fut nôtre six mois durant, font désormais partie de ces précieux souvenirs qui accompagnent le voyageur itinérant. Un lieu qui naît au fil d'une distance grandissante, où reposer son imaginaire quand le besoin de lien se fait sentir. Ou simplement une réserve immatérielle dans laquelle puiser pour se laisser bercer par les émanations d'une douce nostalgie.
 

Les deux dernières semaines à Klintehamn ont été bien occupées. Olivier par le travail au garage d'Agne, assigné au changement des pneus d'hiver pour ceux d'été. Un agenda moins chargé que prévu en raison de la météo. Alors que l'état décrète qu'il est temps de tourner la page hivernale, le ciel décide d'en faire qu'à sa tête ; les routes sont recouvertes de neige et de glace. Le jour avant notre départ, le thermomètre se fait porter pâle et nous chargeons les kayaks sur le toit de la voiture en prêt, sous des flocons défiant notre détermination. Laquelle n'en est nullement ébranlée. Car la « rese feber* » est là, notre soif de retour à la vie vagabonde en pleine nature loin d'être étouffée par une météo capricieuse.

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Les loppis, magasins de seconde main de l'association C.O.S, ont été pour moi une ressource précieuse. J'ai pu y emprunter une garde-robe éphémère. Et à la veille du départ, alors que les habits de voyage ont gagné une dernière fois les quartiers de la buanderie, jeans, petits hauts et manteau de ville s'en retournent à leur boutique, en attente d'une vie nouvelle.

 

L'avant-veille de notre départ, nous avons proposé à nos amis insulaires de venir partager un dernier moment autour d'une tasse de café. Kenneth a refusé l'appellation de « goodbye fika** » et a baptisé ce moment le « see you another time fika » ; nom adopté immédiatement, trahissant notre souhait réciproque de voir les liens perdurer au-delà du départ. Ainsi nombreux sont venus en cette occasion dans la demeure généreuse de nos hôtes, sous l'oeil attentif d'une Wilma aux petits soins, soucieuse que ce moment puisse être le nôtre. Café et gourmandises ont été le support à de beaux moments d'échanges et, inévitablement, à celui d'émotions. Et puis un dernier repas, non pas celui des condamnés, mais de ceux qui sont au-devant de la fin d'une tranche de vie et d'une séparation. Nos hôtes nous ont fait, une fois encore, l'honneur d'un repas grandiose et en bonne compagnie. Ce n'est que tard que nous regagnons notre stuga rose, pour notre dernière nuit dans un véritable lit. Le 6 avril, à l'aube de ce nouveau jour, nous étreignons nos amis tombés du lit tout exprès, puis roulons en direction de Visby au clair de la pleine lune. J'ai envie de voir en ce lièvre qui gambade le long de la route, en cet échassier qui s'envole à notre passage et en ces dizaines d'oies qui nous regardent, le dernier salut de cette île qui nous est chère.

 

Ça y est, nous levons l'ancre !

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Débarqués à Oskarshamn, nous rejoignons le petit port que nous avions quitté le 19 septembre passé. Alors que je règle la partie administrative liée au rapatriement du véhicule de prêt sur Gotland, l'employée de la compagnie de ferry me lance : « Vous allez rejoindre la gare ferroviaire maintenant je suppose. » « Eh bien non, en réalité, je vais rejoindre mon kayak. » Après quelques explications qui se doivent de compléter une telle évocation, la femme s'exclame « Ah, mais j'ai lu un article sur vous il y a quelque temps ! » Cette fois c'est certain, l'aventure et son lot de surprises reprend.

 

Mais où allait donc cette sacoche ? Comment faisais-je pour rentrer tout ça ici ? Nos gestes semblent un peu maladroits, hésitants, à l'instar d'une machine que l'on actionne après une longue veille. Ou peut-être était-ce le fruit d'une certaine émotion ? Très vite les rouages se remettent en place et la machine ronronne. Néanmoins les muscles, eux, doivent se reformer. Nous avons le temps devant nous et, peut-être aussi, une certaine sagesse qui nous évite d'adopter un rythme frénétique inutile. Le premier jour, nous parcourons trois kilomètres, puis huit, neuf, quinze, jusqu'à adopter notre rythme de croisière. Ce dernier diffère de la fin de la saison précédente, en raison des conditions météorologiques qui nous contraignent à porter une tenue inconfortable pour les pauses et la vie à terre. Nous pagayons généralement d'une traite, à force de chocolat dont la réserve a atteint une abondance inégalée grâce à nos visites helvétiques de cet hiver. Notre quinzaine de kilomètres parcourue, il nous est aisé de trouver une île accueillante dans ce dédale naturel, à la baie protectrice des humeurs marines. Le pied posé à terre, Olivier et moi avons la même priorité en ligne de mire : se changer. Il nous faut pour cela vider nos kayaks de leur chargement pour être capables de les sortir de l'eau, incontournable avant de pouvoir ôter notre combinaison étanche, nous mettre au chaud et au sec. Ensuite seulement nous considérons notre estomac qui timidement se manifeste. Cuisiner dans ces petits bouts de paradis boisés aux allures de bûcher abondant est un délice. Il est impressionnant ce que l'on peut réaliser avec ce qui nous entoure. Cuire nos aliments, faire la vaisselle et se laver à l'eau chaude, chauffer l'eau du café, manger dans le confort de la chaleur du foyer... Tout cela sans le stress d'arriver à bout de carburant. Afin d'augmenter notre durée d'autonomie entre deux points de réapprovisionnement, nous cuisinons à l'eau de mer. Et nous pouvons l'affirmer : la Baltique n'est pas suffisamment salée pour cuire des pâtes ! Offert par nos amis de l'association C.O.S, nous avons à disposition un nouvel ustensile de cuisine : un fer à croque-monsieur. Appellation bien réductrice lorsque l'on imagine tout ce que l'on va pouvoir en faire. La bouche pleine d'un petit pain fourré au fromage fondant, nous discutons de nos futures inventions culinaires, alors qu'un cygne, lui, pêche à nos côtés en toute confiance face à ces deux bipèdes dont il semble s'être habitué. Si rares sont les gens que nous rencontrons, nous sommes entourés quotidiennement d'une quantité fascinante d'oiseaux. Des vols de groupes de cygnes à la blancheur scintillante au regroupement de plus de septante hérons, ils n'ont de cesse de nous sublimer.

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Les journées deviennent de plus en plus longues et le soleil est présent bien des jours. Pourtant, après une semaine de voyage, nous devons nous résoudre à ce constat : notre batterie ne charge pas. A Västervik nous attaquons le problème et tentons de le définir. Le chargement de la batterie à la prise du club de voiliers nous permet de confirmer que le problème ne vient pas de la batterie mais assurément de la connectique. Quelques jours plus tard, au milieu de la nature, Olivier se retrousse les manches. Muni de notre réchaud à gaz, d'un fil d'étain, d'une cuillère et d'une broche de réserve, il sectionne au canif l'ancien connecteur reliant le panneau solaire à la batterie, qui s'était oxydé, et soude le nouveau. Après la résolution de divers problèmes techniques, car rien n'est jamais aussi simple que prévu, victoire ! La batterie charge à nouveau, nous voilà autonomes en électricité et le rationnement de l'utilisation du téléphone portable est levé. Car si nous avons bel et bien un impératif technologique, c'est celui de l'utilisation de nos outils de navigation, d'autant plus dans ces archipels où l'on pourrait se perdre des jours entiers à tricoter avec les points cardinaux. La notion de vol d'oiseau, ici, prend tout son sens. Nombreuses sont les formations que l'on observe dans le ciel, de ces créatures ailées qui font fi de tous ces rochers émergés et tracent leur route en ligne droite alors que nous serpentons. Et si Stockholm est à quelques battements d'ailes, il nous faudra encore deux petites semaines pour y parvenir. / AG

 

* la fièvre du voyage

** le fika est une institution en Suède, pouvant s'apparenter à une « pause café » ou, dans ce contexte, à nos 4heures.

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