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De Rostujávri à Skibotn - réveil givré et autres péripéties – 13.04.24

22-04-2024 10:02

Aline Guignard

Cap Kayak,

De Rostujávri à Skibotn - réveil givré et autres péripéties – 13.04.24

Pour les descentes, lesquelles peuvent se révéler bien plus problématiques et risquées que les montées, nous avons mis en place la « technique du bâton »...

Nous avions quitté les lacs au nord de Kiruna à une altitude de 340 mètres. Nous savons devoir franchir le point culminant de Cap Kayak peu après Rostojávri, à près de 800 mètres. Nous gravissons alors les pentes les plus raides jusqu'alors rencontrées, devant nous y prendre à deux pour acheminer une semi-pulka après l'autre, tronçon par tronçon. Depuis notre départ, au fil des kilomètres, nous avons dû développer des stratégies afin de parer aux dénivelés trop importants pour pouvoir gérer seul nos chargements. Ainsi, pour les montées, l'un tracte alors que l'autre pousse le kayak par l'arrière. Pour les descentes, lesquelles peuvent se révéler bien plus problématiques et risquées que les montées, nous avons mis en place la « technique du bâton ». Ceci suite à quelques descentes au bas desquelles Olivier s'est retrouvé à devoir gérer seul et en catastrophe un chargement m'ayant échappé des mains. Dès lors, je tiens par le bout un bâton attaché au préalable à la poignée arrière du kayak, pour une prise et une position optimale. Quant à Olivier, qui bien souvent se retrouve en mode dérapage, il retient l'avant du kayak, dos à la pente, tout en dirigeant la charge.

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Alors en plein effort ascensionnel, un large gaillard en motoneige s'arrête. Face à ce spectacle aux traits rocambolesques, il nous demande s'il peut nous aider. Nous déclinons poliment sa proposition ; nous prendrons le temps, userons de l'huile de coude, et nous y arriverons. L'homme part, revient. « Au fait, avez-vous déjà goûté à la viande de renne séchée ? Selon la méthode traditionnelle finlandaise ? » Il part à nouveau et revient encore. Mathias. Il nous fait goûter une tranche fine de son morceau de renne. « Vous aimez ? » Devant nos sourires, il sort un deuxième morceau de sa poche et nous les donne tous les deux. « C'est pour vous. C'est plein de protéines ! » Puis il sort une bouteille d'alcool à la menthe et nous la fait goûter, après s'être assuré que nous ayons bien noté que la bouteille était à l'instant décachetée. A nos mines réjouies, il la referme et nous la tend. « C'est pour vous, vous avez fait un si long voyage. » Puis il s'en retourne vers le groupe de Samis qui pêche sur un lac dont les contours ont disparu dans le grand blanc. 

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Ce même jour, nous atteignons le sommet et devons poursuivre encore en raison des forts vents. En fin de journée, un oeil au tachymètre et nous réalisons que nous venons de parcourir 17 kilomètres, dont la plupart en dénivelé positif, tout en tractant nos lourds chargements. « Nous sommes des bêtes » dira Olivier. Nous prenons conscience de l'impact de plusieurs centaines de kilomètres d'itinérance pédestre sur le développement de nos capacités physiques. Toutefois, si nous nous flattons de notre performance, nos corps accusent ces efforts non sans manifestations. Mes pieds sont les plus maltraités ; des talons cloqués aux articulations endolories et aux bouts d'orteils insensibles, ils n'ont que peu de répit la nuit. Olivier, quant à lui, déplore l'usure de ses articulations et des plaies apparaissent sur sa peau en raison des frottements du harnais. 

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A Luleå, Olivier avait fabriqué des sardines en bois pour pouvoir ancrer la tente sur la neige. Mais parfois la neige est si légère et volatile qu'il est impossible de la tasser suffisamment pour maintenir de manière solide les sardines au sol. Alors il a fallu trouver une autre stratégie. Prévoyant, Olivier avait anticipé la problématique et installé sur nos kayaks trois points de fixation pour les cordes latérales de notre maison de toile. La moitié de la solution était là. La seconde partie a été élaborée sur le terrain. Nos pulkas placées alors aux extrémités de notre terrain, équipées des tendeurs utilisés de jour pour fixer nos chargements, ont permis de compléter l'ancrage au sol. Et en cas de vents importants, la construction d'un mur de neige est alors nécessaire pour éviter que le vent ne s'engouffre dans les absides. L'installation du campement, du tassement de l'emplacement à la préparation des couchages, nous prend généralement plus d'une heure et demie. En raison du froid et de la quantité de neige, chaque geste, chaque pas est ralenti. 

 

Alors que nous nous apprêtons à rejoindre la plaine, des sentiments ambivalents nous habitent. La fatigue et l'exigence de cette vie quotidienne nous poussent à aller de l'avant pour rejoindre la côte norvégienne. Mais déjà les hauts plateaux et leur atmosphère envoûtante nous manquent, alors que nous les quittons à peine. 

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Cette descente en plaine n'est nullement significative de réchauffement. Nous accusons les nuits les plus froides du voyage et ce constat n'est pas que théorique. Nous nous réveillons, nos bonnets et l'encolure de nos sacs recouverts du givre généré par notre respiration. Pour peu que l'on touche malencontreusement le plafond de notre toile et nous voilà douchés de cristaux. Notre polarbröd (pain suédois) gèle durant la nuit, le pas de vis de nos thermos se remplit de glace et les matières plastiques deviennent brûlantes de froid. Et pourtant, la journée, en raison du soleil, de la réflexion de la neige et de l'air sec, nous nous retrouvons parfois en tenue légère et parvenons à faire sécher partiellement nos couchages. Nous vivons pleinement ce que les gens du nord appellent la 5ème saison. Ce froid entame sérieusement notre endurance et nous ne pouvons ignorer la fatigue physique et psychique. Le matériel lui aussi subit la distance. Les cordes s'usent et même le métal des mousquetons reliant nos harnais aux chargements est entamé. Nous pourrions opter pour de courtes étapes quotidiennes afin de nous économiser. Mais cela voudrait dire augmenter le nombre de bivouacs, et c'est bien là la partie la plus éprouvante de la journée. 

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Nous rêvons d'un temps meilleur. Et nous le pensons pour bientôt ; une fois Kilpisjärvi franchi et la séparation des eaux au niveau de la frontière norvégio-finlandaise atteinte, nous n'aurons plus qu'à descendre jusqu'à Skibotn ; du moins est-ce notre croyance. Car kilomètre après kilomètre, nous réalisons que ce trajet ne correspond en rien à celui imaginé. A force de monter, l'humour d'Olivier vire au jaune « Je pense que nous allons atteindre la mer la plus haute du monde. » A la frontière, un douanier plus curieux que zélé nous arrête, et ses questions n'ont rien des habituelles en un tel lieu. Le seul élément que nous ayons à déclarer, c'est notre histoire et nos projets. En connaisseur de la région, cet employé a l'intelligence de nous avertir de ce qui nous attend en fin de parcours, à savoir une montée qu'il estime impossible à réaliser avec nos chargements. La vallée est si étroite que seule la route carrossable parvient à s'y faufiler, confinée entre rivière et falaises. Celle des motoneiges se voit alors prendre les hauteurs des montagnes avoisinantes. Le douanier nous conseille vivement d'opter pour la route asphaltée. Arrivés là où il nous faut choisir, la décision est complexe. La piste des montagnes semble n'avoir pas été empruntée depuis longtemps ; nous faudra-t-il ouvrir la piste de ces pentes raides ? Un coup d'oeil à notre GPS nous révèle que nous avons plus de 260 mètres de dénivelé positif à franchir sur une courte distance. Après réflexions, nous décidons de tenter la route. Olivier avait anticipé la possibilité que nous nous retrouvions dans l'impossibilité d'atteindre notre destination sur la neige. Il avait élaboré à Luleå une manière d'équiper nos pulkas rouges et les structures en bois de nos pulkas noires de roues, avec un minimum de matériel supplémentaire. Olivier se met alors à l'oeuvre et après plusieurs heures de travail, nos semis-pulkas sont transformées et prêtes à rouler sur l'asphalte. Après un kilomètre nous abandonnons cette option. Le danger de causer un accident, compte tenu du trafic et de la vitesse des véhicules, dont beaucoup sont des camions et semi-remorques, le risque est trop important et rien ne permet de justifier que nous le prenions sur les 25 kilomètres restants. Retour case départ et nouvelle transformation des pulkas vers leur version glisse. Nous décidons de partir à l'assaut des montagnes le lendemain. Mais en fin de journée, nous apprenons que la piste de motoneige est impraticable environ 10 kilomètres avant Skibotn en raison du manque de neige ! Une situation tout à fait atypique pour la saison, nous diront les locaux. Si l'on considère 10 kilomètre de portage, cela devient 60 kilomètres effectifs. Une situation qui teinte de ridicule notre persévérance à vouloir aller jusqu'au bout avec tout notre chargement. Alors nous faisons appel à notre contact de Skibotn, Thomas, qui nous avait d'ores et déjà proposé de venir nous chercher en cas de besoin. Si l'intellect comprend rapidement l'inéluctable de cette décision, l'émotionnel a plus de peine à l'accepter. Le lendemain, c'est une dépanneuse à camions flambante neuve qui débarque au lieu de rdv. Comme un clin d'oeil enjoué de cette grande orchestration qui nous transcende, Thomas possède précisément une entreprise de dépannage... Un pincement au coeur, nous observons nos kayaks et pulkas prendre les devants et s'en aller. De notre côté, nous découvrons au rythme de nos pas une vallée de plus en plus contrastée entre le vert des forêts de pins, le brun de la terre et le blanc des montagnes qui continuent de nous accompagner. Et puis le bleu, celui de l'eau déliée qui nous ouvrira la voie vers le Cap Nord.

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Nous arrivons à Skibotn en bout de course, les pieds en compote, les jambes douloureuses et lourdes. Les derniers pas sont difficiles. Mais nous y sommes ! Thomas et Annette nous y cueillent et nous amènent à leur pub. Actuellement inactif, ils nous mettent généreusement à disposition ces locaux et ce, pour le temps qu'il nous conviendra. Avec une rapidité qui ne cesse de nous déconcerter, nous prenons possession des lieux et dès les premiers jours nous nous sentons chez nous. 


Comme si le corps et l'esprit avaient compris que la tâche est maintenant terminée et qu'ils peuvent se détendre, la souffrance de nos pieds et le froid extérieur nous sautent aux yeux. Et déjà nous nous questionnons : comment avons-nous réussi à évoluer nuit et jour dans ce congélateur grandeur nature, en tractant plus de 240 kg sur quelque 620 kilomètres ? / AG

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