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Vol, enquête et bibliothèque

10-03-2023 12:29

Olivier Forney

Cap Kayak,

Vol, enquête et bibliothèque

Si à cet instant l'intrigue se meurt, volant tout l'intérêt qu'avait notre « mission », le mobile, lui, me semble par contre sans entendement. Pourquoi...

C'est le violet qui, en ce début de mars, rompt la monotonie du vert trop présent des jardins gotlandais. Les crocus font leur apparition, annonçant l'arrivée de la saison du renouveau. Comme à notre habitude nous vaquons à nos occupations, tantôt dans les loppis, tantôt chez nos hôtes Wilma et Kenneth ou dans le garage d'Agne. Les journées se confondent et je ne sais plus trop comment cette histoire a commencé. Ce qui est sûr, c'est que si elle a bel et bien débuté avec des airs insulaires, elle s'est par contre terminée sur le mainland*. Plus exactement dans le port de la ville d'Oskarshamn, là où nous avons clos notre première saison de kayak, il y a de ça cinq mois déjà.

 

En cette matinée printanière, nous nous rendons au garage de notre ami pour lui emprunter une remorque. En arrivant, nous le trouvons, dans sa cour, en pleine vidange. Ce qu'il faut savoir, c'est que s'il travaille là depuis plus de vingt ans, jamais il ne lui est venu l'idée d'y installer des commodités. Petit moment de solitude pour cet homme entre deux âges. Sorti de sa gêne pudique, il nous regarde l'air emprunté.

- J'ai un travail un peu spécial à vous demander ! Reprenant de son aplomb, il nous explique qu'il s'est fait voler l'une de ses voitures de location et qu'elle a été retrouvée par la police sur le continent. Il nous faudrait donc aller la rechercher. Mais les informations liées à son lieu de parcage, ainsi qu'à son état restent floues. Depuis notre arrivée sur Gotland, nous avons porté de nombreuses casquettes. Alors pourquoi, ne pas emprunter, ne serait-ce que quelques heures, celle du plus célèbre des enquêteurs : Sherlock Holmes ?

 

* continent

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Le lendemain, nous embarquons pour la côte suédoise. A ce stade de l'histoire, la réalité nous rattrape. Les crocus de la veille n'ont pu naître que grâce au micro climat que connaît notre île de coeur. Maintenant, à travers le sabord, nous observons les flocons virevolter dans une danse effrénée et macabre. Après une dernière valse, le blanc se fond dans le noir de cette eau glacée qu'est la Baltique. Coup de fil. La clé du véhicule nous attend au guichet du terminal du port et la voiture se trouve sur le parking adjacent. Si à cet instant l'intrigue se meurt, volant tout l'intérêt qu'avait notre « mission », le mobile, lui, me semble par contre sombre et sans entendement. Pourquoi un type volerait un véhicule sur une île, achèterait un ticket combiné voiture-passager pour ensuite abandonner le fruit de son larcin sur le parking du port ? Ceci, tout en sachant que les zones portuaires sont flanquées d'une pléiade de caméras de surveillance. Sommes-nous les Corniauds d'une vaste fumisterie ? Quoi qu'il en soit, la ville vêtue d'un épais manteau blanc nous offre son hospitalité, imposée par un flux de ferries clairsemé. Le cube qui nous sert de chambre pour la nuit a, pour me ravir, un sauna bien caché dans ses soubassements. Le sourire d'Aline aura lui de la peine à s'effacer, après qu'elle a vu la table du buffet du déjeuner. 

 

Une véritable partie de ping-pong est la scène qui image le mieux cette vie qui n'a de cesse de nous appeler. Hier sous une tente à écouter paresseusement le chant de passereaux matinaux, aujourd'hui dans un lit aux draps propres, aux frais de la princesse…

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Pour ceux qui comme nous ont pour toit une fine couche de toile, les bibliothèques sont les oasis du nord. Faciles à trouver, elles sont riches d'un point d'eau, de pièces chauffées, d'un accès à Internet et en jouir se révèle être gratuit et illimité. Y arriver vêtu de marginalité est rarement un problème puisque, reconnaissons-le, les bibliothécaires sont eux-mêmes relativement éloignés de la norme. Pour preuve, ils sourient tout le temps sans pour autant être des imbéciles, parlent avec leurs congénères sans rien chercher à leur vendre et semblent peu sensibles à la notion du temps qui passe. C'est donc dans ce sanctuaire de la connaissance et de la tolérance que nous passons notre après-midi, un bouquin à la main. Nous nous y sentons privilégiés. Le rire des enfants, assis à l'autre bout de la pièce, nous rend notre joie volée par le blizzard matinal.

 

Notre travail est achevé. Notre mission est remplie. Nous embarquons sur le ferry qui nous semble déjà familier. La nuit est tombée, comme tombe l'enfance dans adolescence, l'adolescence dans l'âge adulte... Trop rapidement, mais avec sont lot de surprises. Que ferons-nous demain ? / OF

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